Le Soir, jeudi 12 novembre 2009
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Musique:
Il jouera à l'église des Minimes, à Bruxelles, ce samedi
Gunar Letzbor un archet prodige
Instrumentiste savant, Letzbor n'a rien d'un fumiste: il a étudié le violon à Cologne avec Reinhardt Goebel et la pratique de la musique ancienne avec Harnoncourt à Salzbourg. Il commence par fréquenter des ensembles aussi différents que Musiqua Antiqua Köln, le CIemencic Consort ou Armonico Tributo Basel. Et en 1995, c'est le grand saut, il fonde l'ensemble «Ars Antiqua Austria» consacré à la résurrection du répertoire baroque autrichien. «Mon objectif est d'appliquer l'approche de Goebel à l'école autrichienne qui est d'une incroyable richesse. L'Autriche des Habsbourg était un grand empire qui attirait des musiciens venus de toutes les régions: la Bohême, la Moravie, la Hongrie mais aussi l'Italie. Pour moi, Mozart n'aurait jamais pu atteindre le
niveau de qualité qui fut le sien s'il n avait disposé de cet incroyable patrimoine musical dont son père nous fournit d'ailleurs une brillante synthèse dans son Traité en vue d'une méthode fondamentale pour le violon.
L'ESSENTIEL
Dans le monde de la musique baroque, le violoniste autrichien Gunar Letzbor est un électron libre. Il consacrera son récital aux sonates et partitas pour Violon seul.
Vienne était dominée par le goût italien mais Salzbourg vivait davantage dans la descendance de Biber et Muffat. Toute une école du violon débouche chez Biber. C'est Schmeltzer qui sera le premier initiateur à la pratique italienne, complété par Bertali. Mais c'est Biber qui réalisera l'indispensable synthèse. Mais il va ensuite beaucoup plus loin et invente des couleurs nouvelles pour violon. Je suis persuadé qu'il a subi l'influence des musiciens tziganes qui fuyaient l'expansion turque. Après tout, la ''scordatura", la technique, qui consiste à accorder différemment son instrument pour créer d'autres harmonies, appartient bel et bien à la pratique des tziganes dont l'oreille est fabuleuse.»
A Bruxelles, Gunar Letzbor consacrera son récital aux répertoires des sonates et partitas pour violon seul: un répertoire que l'on résume un peu vite aux douze sonates de Telemann (1734) et surtout aux six chefs-d'œuvre écrits par Bach durant son séjour à Coethen au début des années 1720. En fait les œuvres pour violon seul correspondent à un mouvement d'émancipation de la basse continue (tenue au clavecin, au violon, au théorbe) qui accompagnait depuis Corelli les sonates pour violon. «Mais en fait, des pièces de Vitali étaient déjà exécutées sans continuo et la pratique va se répandre. Schmeltzer en a réalisé mais les partitions sont hélas perdues. On doit par contre redécouvrir les partitions de Westhoff et Vilsmayr. Le premier était un incroyable virtuose qui a parcouru l'Europe entière et séduit Louis XIV. Esthétiquement, il demeure dans l'orbite assez sage de Corelli mais, techniquement, ses exigences sont redoutables et dépassent même celles de Bach. Le second, qui travailla à la cour de' Salzbourg, est très marqué par son maître Biber mais il va encore plus loin et imprime à ses pages cet esprit de fantaisie, si typique du monde germanique.»
Le travail de recherche est certes essentiel. Mais encore faut-il trouver aujourd'hui les clés de leur exécution. Pas de place pour un nouvel académisme: rien n'est possible sans un esprit de liberté. «Un professeur ne fait pas vivre la musique ancienne en créant des clones de sa personnalité. Il faut que nous ayons l'impression de jouer une nouvelle musique, vieille de 300 ans. Si vous vous en tenez au strict respect des règles, vous sombrez dans un conservatisme ennuyeux. Seule l'éloquence peut vous conduire vers une démarche vraiment créative.» On jugera sur pièces samedi soir.
SERGE MARTIN